Metz : « le cancer de la maison » a tout envahi

Depuis un an et demi, la mérule détruit la vie de Vincenzo Nicoletti et sa famille. Le champignon s’est installé dans la cave de leur immeuble de dix appartements et menace la construction. « Nous vivons un enfer ! »

« Mon père n’a jamais pris de vacances. Il passait son temps libre à faire des travaux dans cet immeuble. Aujourd’hui, il a déclenché une phobie. Il ne peut plus y entrer. » Louis en parle la gorge serrée.

Samedi matin, Vincenzo Nicoletti a fait un effort pour pénétrer dans cette jolie maison de famille. Outre le crève-cœur, les émotions sont trop intenses. Son cardiologue lui posera d’ailleurs un pacemaker cette semaine.

Depuis avril 2017, cette famille, propriétaire depuis quarante ans d’un immeuble situé impasse aux Arènes, dans le quartier messin du Sablon, vit « un enfer ». Elle a découvert, à ses dépens, l’existence et les ravages de la mérule. « Ce truc-là, je n’en avais jamais entendu parler. Aujourd’hui, cela me pourrit la vie ! », grogne Vincenzo.

Le champignon s’est installé dans sa cave. « Un jour, j’étais dans l’allée qui mène au jardin, dehors, et j’ai vu un champignon. La nouvelle locataire du rez-de-chaussée était à sa fenêtre. Elle m’a expliqué qu’il y en avait plein chez elle, depuis plusieurs mois. Mais elle ne s’en était pas inquiétée. Elle n’en avait pas parlé à son propriétaire… » Vincenzo et son épouse vivaient encore au premier étage. Ils s’étaient décidés, quelques mois auparavant, à vendre un logement sur la dizaine que compte l’immeuble familial.

L’acheteur entame des travaux. « Il y aurait eu un problème au niveau de la chasse d’eau. À chaque fois, l’eau coulait dans la cave… »

Quand Vincenzo descend, le champignon a déjà gagné du terrain. « Il y en avait sur une énorme surface sur la voûte de la cave. Une véritable profusion ! »

Les démarches s’engagent, assurance contre assurance avec l’acheteur de l’appartement, parti désormais s’installer en Nouvelle-Calédonie… Une bataille d’experts pour déterminer si, oui ou non, le champignon préexistait au dégât des eaux. La justice devra se prononcer. Mais le calendrier reste incertain.

Une fine couche couleur terre battue, partout : les spores du champignon !

Vincenzo reste propriétaire de l’immeuble et des neuf autres appartements. « Les locataires ont dû quitter les lieux. Il a fallu les dédommager. La mairie a pris un arrêté aussi. Il a fallu consolider pour éviter que l’immeuble ne s’effondre. » Cela lui a déjà coûté plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Car la mérule attaque tout. Dans la cave, le carrelage blanc est recouvert d’une fine couche couleur terre battue. Ce sont les spores du champignon. L’atmosphère est oppressante. Dans une pièce aménagée, toute la famille se réunissait pour dîner à l’époque. Désormais, les murs sont jonchés de moisissures. « C’était sain et correct. Aujourd’hui, on ne peut plus y vivre », regrette Louis.

L’immeuble pourra-t-il être sauvé ? Il est toujours possible de se débarrasser de la mérule (lire par ailleurs) mais dans ce cas précis, les travaux s’annoncent particulièrement onéreux. Compte tenu de sa localisation, et de la conception particulière de la maison, il faudrait casser la dalle du rez-de-chaussée. « On ne peut pas être sûr que l’immeuble tienne… A priori, le champignon ne monte pas dans les étages. Il reste à la cave et au rez-de-chaussée. On a consolidé, pour l’instant, il n’y a pas de risque, mais cela ne peut pas être éternel. »

Sans les loyers et avec l’obligation de se reloger, alors que l’immeuble était censé assurer leur retraite, c’est une perte sèche pour la famille Nicoletti. « C’est très lourd. Et ce n’est pas fini, déplore le fils. On est coincé de tous les côtés alors qu’on n’y est pour rien. C’est un immeuble qu’il a acheté pour sa retraite, pour ses enfants. Aujourd’hui, c’est un poison. »

« Il est toujours possible de sauver une habitation, mais c’est cher »

D’où vient la mérule ?

Édouard Aubriat, de la société Aubriat, spécialiste agréé de l’éradication de la mérule, basé à Épinal : « Les spores de mérule se trouvent naturellement partout sur la planète depuis l’Ancien testament. Ce n’est absolument pas un phénomène nouveau. Pour se développer, il lui faut : de la pénombre, un manque d’aération, de l’humidité et de la cellulose. Du papier, du carton, du bois ou des vêtements, à moindre échelle, peuvent faire l’affaire. La germination des spores permet le développement du champignon. Elle se nourrit de bois mais vit dans les murs et les sols. »

Faut-il craindre un développement de la mérule à Metz ? 

« Les habitants du quartier de l’impasse aux Arènes seraient bien inspirés de faire attention. Effectivement, les spores se déplacent dans l’air. Mais cela n’est pas une science exacte : il peut y avoir un milliard de spores (et je pèse mes mots) sur 1 m² et ne pas y avoir de germination, alors qu’ailleurs, si les conditions sont réunies, deux spores vont suffire… De manière plus générale, le secteur de Metz est relativement préservé. Nous traitons environ un cas par mois. Nous avons eu des cas à Amanvillers, Pierrevillers, Maizières-lès-Metz… Mais ce n’est pas un phénomène d’épidémie, comme les termites. Nancy, Sarreguemines ou Forbach sont particulièrement touchés, en revanche. »

Que faire pour s’en débarrasser ?

« Le cas de M. Nicoletti est extrême. Notre entreprise traite la mérule tous les jours depuis quarante ans, nous en avions rarement vu autant. Le problème tient au délai de découverte et à la construction de la maison, sur une ancienne cave. Quand on le découvre, ce n’est souvent que la partie immergée… Sinon, il est toujours possible de sauver une maison. Mais cela peut coûter cher. Sur le bois, la mérule agit comme une gangrène. Il faut donc le jeter. Le champignon se cache dans la maçonnerie. Pour traiter, il faut mettre la maçonnerie à nu. Or, il faut souvent déposer puis reposer une cuisine ou une salle de bain, du carrelage ou du placo… »

Comment s’en prémunir ?

« Il faut être vigilant, cela évite la catastrophe. Si on le découvre tôt, le traitement ne coûte pas très cher. Le champignon part généralement de la cave. Il faut donc éviter d’y stocker du carton ou des palettes parce qu’une cave a une humidité naturelle. Et tous les ingrédients sont réunis pour qu’il se développe. Aujourd’hui, nous n’avons plus la même utilisation des caves, on y va moins souvent, elles sont moins ventilées. Si on a un dégât des eaux, même s’il ne s’agit que du joint de la machine à laver qui a rompu, il faut impérativement ventiler. C’est la clé. »

Edouard Aubriat,

Dirigeant, AUBRIAT SARL

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